Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole

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Lettre aux élus de la région "Nouvelle Aquitaine" relative aux énergies marines renouvelables

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Bordes (64) le 10 septembre 2016 - Dans la publication « Nouvelle Aquitaine » de la Région ALPC datée « Automne 2016 », on trouve en page 12 un article sur les énergies marines renouvelables qui mérite quelques commentaires.

On peut en effet y lire les affirmations suivantes :

« Avec l’identification d’un gisement de production (d’énergies renouvelables marines) estimé à 1 700 MW (presque l’équivalent de deux réacteurs nucléaires)…. »

« Le futur parc éolien marin en mer d’Oléron comptera entre 60 et 80 éoliennes, pour une puissance totale de 500 MW, soit l’équivalent de la consommation domestique du département de la Charente Maritime ».

Et à propos des systèmes houlomoteurs : « ce sont pourtant ceux qui représentent le potentiel le plus prometteur, avec des perspectives colossales qui pourraient atteindre 6 000 MW pour l’ensemble du littoral, soit environ 6 fois la consommation d’une ville comme Limoges »

Il est regrettable que cet article n’ait pas fait l’objet d’une relecture par une personne au fait des réalités techniques et scientifiques (catégorie de personnes, il est vrai, fort peu prisée par la classe politico-médiatique car trop encline à remettre en cause certaines politiques fondées sur des concepts idéologiques).

En effet dans cet article il est fait une confusion trompeuse entre les notions de puissance et de production (en l’occurrence il s’agit d’énergie électrique).

Trompeuse en effet, car pour le lecteur ordinaire les énergies renouvelables en question seraient en mesure de remplacer deux centrales nucléaires, ou comme les éoliennes d’Oléron, d’alimenter tout le département de la Charente Maritime.

Il n’en est malheureusement rien.

En matière d’énergie, la puissance est une notion technique qui caractérise la possibilité d’une installation de produire un maximum instantané d’électricité, et non sa capacité de fournir cette électricité de manière continue, la seule chose qui importe au consommateur.

Scientifiquement cela se traduit par une puissance chiffrée en Watt, kilowatt (1 000 W), Mégawatt (1 000 000 W) et une production ou consommation chiffrée en wattheure, kilowattheure (les kWh de nos factures d’électricité) ou mégawattheure : ce qui importe au consommateur, c’est que la puissance dont il a besoin soit disponible 24 heures/24.

C’est là où le bât blesse.

Les sources d’énergie qualifiées de « fiables » comme les centrales nucléaires sont en mesure de fonctionner 90 % du temps à puissance nominale (les 10 % restant concernent les périodes d’entretien qui sont programmées).

Par contre les sources d’énergie qualifiées de « non fiables » ou même de « létales » sont loin d’atteindre une telle performance. Un parc éolien opérera à sa capacité maximum pendant des périodes courtes et imprévisibles et pourra ne rien produire le reste du temps : globalement sa capacité de production sera de 20-30 % de ce qu’il pourrait produire s’il fonctionnait à plein régime en continu (on appelle ce pourcentage le « facteur de charge » qui est égal au rapport des heures de fonctionnement équivalent sous puissance nominale aux 8 760 heures de l’année).
Pour l’éolien en France, les moyennes annuelles de ce nombre d’heures sur les six années passées sont entre 1 950 et 1 970 heures, soit un facteur de charge de 22 %, mais pour l’éolien marin il peut atteindre 30 %. Le photovoltaïque montre moins de 900 heures, soit un facteur de charge de 10 % seulement.

Le graphique ci-dessous, publié par « European Energy Exchange Transparency Platform ; Federal Statistical Office of Germany », illustre parfaitement cette situation dans le cas de la production moyenne sur un mois des installations solaires et éoliennes allemandes (cette Allemagne souvent citée comme un modèle) :

Comparer donc 1 700 MW de puissance nominale d’énergies renouvelables (ce qui en soi ne veut rien dire car l’énergie n’est pas renouvelable, il faudrait parler de sources renouvelables d’énergie) avec un facteur de charge de 30 % à deux centrales nucléaires avec un facteur de charge de 90 % est excessivement trompeur.
En théorie 1 700 x 0,30 = 510 MW serait à comparer à 1 300 x 0,90 = 1 170 MW pour une centrale nucléaire comme celle de Golfech : il faudrait donc dire une demi-centrale et non pas deux.

Ceci est en théorie, car en pratique :

  • Pour compenser les creux de production du parc éolien d’Oléron afin d’alimenter les consommateurs de la Charente Maritime, il faudra installer des centrales d’appoint (si l’on peut les appeler ainsi car elles seraient appelées à fonctionner 70 % du temps) qui à ce jour fonctionnent au fuel ou au gaz, ou pire au charbon ou au lignite comme en Allemagne.
    Une autre solution, que permettrait dangereusement le compteur Linky, serait de « délester » à tour de rôle un certain nombre d’utilisateurs qui devront, de temps à autre, se chauffer et cuisiner au bois et s’éclairer à la bougie.
  • Pour absorber les pics de production de ces sources « létales », il faut des adaptations extrêmement coûteuses du réseau électrique permettant d’évacuer l’électricité excédentaire vers des utilisateurs que l’on pourra éventuellement, comme le font le Danemark et l’Allemagne, payer pour la consommer.

Quant au chiffre avancé sur l’énergie pouvant être tirée de la houle, il est on ne peut plus spéculatif puisque même celle bien plus importante des marées ne dégage guère qu’un facteur de charge de 25 % (source EDF usine marémotrice de la Rance).

Et parler de « consommation » en citant en fait une puissance de 6 000 MW pour Limoges relève de la même aberration/confusion totalement fantaisiste. D’autant plus que la population de 137 100 personnes (INSEE 2013), soit environ 40 000 foyers consommant la moyenne française de 6 MWh annuels (source EDF) requièrent en fait 240 000 MWh d’énergie électrique.

Pour en revenir au cas de l’Allemagne, ceci explique pourquoi l’électricité pour les particuliers y est quasiment 2 fois plus chère qu’en France ; mais si tous les projets éoliens existants chez nous voient le jour, nous aurons bientôt rattrapé notre retard… et paupérisé quelques millions de foyers de plus que les 3 millions déjà constatés en grande difficulté de faire face à leurs factures d’électricité !

Interrogez-vous donc, Mesdames et Messieurs les élus, sur l’utilité de gaspiller les deniers publics et les ressources des consommateurs pour une politique dont seuls sont bénéficiaires des financiers qui sont assurés d’un juteux retour sur investissement, ainsi que déjà clairement signalé par la Cour des Comptes dans son rapport de 2015… dont le gouvernement ne tient aucun compte…

Avec nos respectueuses salutations.

Jacques Sallibartant                                                             Jean-Claude Rémondet

Président                                                                               Vice-président

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