Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole

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NUCLÉAIRE / GAZ DE SCHISTE : MÊME COMBAT

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Nous reproduisons ici la lettre qu’un des sympathisants de notre Amicale, Claude RINGOT, expert en matière nucléaire, a adressée le 2 novembre 2013 à   Robert BADINTER, Jean Pierre CHEVÈNEMENT, Alain JUPPÉ et Michel ROCARD.
Son plaidoyer pour le nucléaire rejoint  en tous points celui que nous menons pour le gaz de schiste : c’est pourquoi nous le reproduisons ici.
D’une certaine manière nous sommes réconfortés de ne pas nous savoir seuls à nous dresser contre des forces obscurantistes.
D’un autre coté, nous sommes très inquiets de constater  l’étendue des dommages portées par ces forces à notre pays.

Messieurs,

OBJET : votre appel paru dans « Libé » le 15 octobre sur les scientifiques.

J’ai pris connaissance de votre appel intitulé « La France a plus que jamais besoin de scientifiques et de techniciens »   paru dans « Libé » du 15 octobre 2013.

En tant qu’ingénieur ayant participé entre autres  à l’épopée du nucléaire de notre pays  dans les années 50-60 , je ne cesse de m’élever contre le manque d’écoute du monde scientifique dans notre pays  qui ne fait que s’accentuer depuis un certain nombre d’années, manque d’écoute que je vis en permanence tant avec les médias qu’avec les politiques.

Notre pays est un des rares pays au monde où aucun des dirigeants ou des journalistes  n’est issu d’écoles d’ingénieurs !

J’ai 84 ans et je continue à m’investir  notamment dans le débat sur la transition énergétique ; j’écris depuis des mois de nombreux documents que j’adresse au monde politique et médiatique et je constate hélas  dans l’immense majorité des cas un manque de réceptivité, qui s’apparente à une forme de mépris.

Les scientifiques et les ingénieurs ne sont plus hélas écoutés, pire ils ne sont pas crus, dans notre pays alors que ce sont eux qui sont les principaux acteurs du progrès. Il ne faut pas s’étonner de la désindustrialisation et du manque de compétitivité  qui en est la conséquence comme je l’écrivais à Jacques Attali le 18 mai dernier.

Je pourrais citer des dizaines d’exemples de ce comportement.

A titre d’exemple parmi tant d’autres il me souvient d’une lettre que m’avait adressée le 27 mai 2002  Corinne Lepage qui résume parfaitement la situation, lettre  dans laquelle cette dernière me reprochait ma compétence et donc m’interdisait de m’exprimer, comme au temps de Galilée comme je n’ai pu m’empêcher de le lui dire dans ma réponse.

Nous vivons une forme de dictature de la pensée unique à la mode, dite « écologiste »  qui ne peut conduire hélas notre pays qu’à la décadence.

Cette dérive s’est accélérée avec la notion de principe de précaution qui a  été inscrit dans la Constitution française en 2005 alors que seuls deux autres pays dans le monde (l’Allemagne et le Brésil) l’ont rangé constitutionnellement. Cette décision a été une faute majeure de nos politiques qui n’ont pas écouté, hélas, alors les oppositions du monde scientifique.

J’ai été dès l’origine contre l’institution du principe de précaution que j’estime être un frein majeur au progrès. Une action devrait être entreprise par les élus pour retirer ce principe de la Constitution (est ce possible ?).

Si ce principe avait existé en 1950 le nucléaire n’aurait jamais été développé et sans parler de son immense apport dans une énergie préservatrice du climat on aurait eu à déplorer des dizaines de millions de décès dans le monde suite au cancer et des immenses progrès n’auraient pas été faits dans les contrôles non destructifs dans l’industrie.

Notre pays par l’application de ce principe s’oppose aux OGM  ,  s’oppose à l’exploitation du gaz de schiste , impose par des normes insensées des milliards d’euros de dépenses  inutiles aux français - voir par exemple certaines normes, sur la teneur en plomb, sur la teneur en amiante, sur les ascenseurs ( sous prétexte qu’il y a un risque qu’un individu passe le doigt à travers le grillage d’une cage d’ascenseur magnifique datant des années 20 on oblige sous peine d’amende à faire des travaux coûteux alors que le risque est infime ! ).

Si ce principe de précaution était d’ailleurs  totalement appliqué, la vie ne pourrait plus exister. On devrait interdire en France  l’usage de la voiture qui tue chaque année encore plus de 3 000 individus ou mieux comme je l’ai écrit dernièrement avec un peu d’humour à la Prévention Routière limiter la vitesse à 5 km/heure, on devrait interdire les escaliers, on devrait interdire l’usage du gaz, on devrait interdire  l’usage du tabac qui tue chaque année 70 000 individus, on devrait interdire les randonnées, l’alpinisme le ski  qui tuent chaque année plus de 100 individus  etc  … !

Il n’y a pas de progrès sans risque.

C’est la mission noble des ingénieurs et des scientifiques de faire en sorte que ce risque soit le plus faible possible.

Ayant été responsable pendant 20 ans des études de sureté nucléaire au CEA  j’ai tout au long de ces années agi de manière à limiter les risques , c'est-à-dire la probabilité d’occurrence des événements graves et dans l’hypothèse où ils se produisent d’en limiter les conséquences tant pour les individus que pour l’environnement. C’est ainsi que nous avons été à l’origine des études probabilistes de sureté et avons mis en œuvre le concept dit d’évaluation du coût bénéfice qui permet de prendre une décision en tenant compte de ses conséquences potentielles.

Je ne peux donc qu’approuver votre appel qui rejoint ce que je ne cesse comme des milliers de scientifiques et d’ingénieurs  de clamer depuis des années.

Je crains fort hélas que dans le climat actuel il ne soit pas entendu.

En vous remerciant pour cet appel, je vous prie de croire, Messieurs, en l’assurance de mes sentiments les plus dévoués

C.RINGOT
Ingénieur de l’Ecole Centrale (promotion 1953)
Au CEA de 1955 à 1992 (Responsable  du développement des éléments combustibles de 1955 à 1971, responsable des études de sureté nucléaire et de la sureté des transports des matières radioactives de1971 à 1992)
Représentant français auprès de l’AIEA
Consultant auprès de Cogema, d’organismes de recherche  étrangers en sureté
Expert indépendant auprès de la Direction de l’énergie de la Commission européenne de 1992 à 2002
Président fondateur en 1967  du syndicat des cadres du CEA.

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